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La P'Art Belle - 31 juillet & 1er août 2021, Sarzeau

[ITW] La Part Belle à… Thomas Regnault!

  • C’est quoi le concept de forêt-jardin ?
Thomas Regnault

Un jardin-forêt est un paysage comestible multi-étagé qui imite la structure et la diversité d’une forêt. La plupart des plantes sont pérennes (arbres et arbustes, plantes vivaces, lianes), ce qui réduit les besoins en maintenance. Le rôle de l’humain est d’y entretenir une mosaïque d’habitats différents, de la clairière lumineuse au sous-bois sombre, pour maximiser sa diversité et donc sa résilience.

  • Comment en êtes-vous venu à les développer ?

Comment se procurer une nourriture de qualité, de manière durable, sans y consacrer tout son temps ?

Je commence à me poser cette question, il y a 8 ans. À l’époque, je vis à Paris et je ne suis pas satisfait de la qualité de mon alimentation malgré mes efforts pour trouver les meilleurs produits dans le commerce. Je me dis qu’un jour, j’irai vivre à la campagne et produirai au moins une partie de ma nourriture. La seule référence que j’ai à ma disposition se trouve dans mes souvenirs d’enfance : mes grands-parents produisaient la quasi-totalité de leur nourriture dans leur jardin, à Sarzeau. Un petit troupeau de moutons, des poules, lapins, canards, une volière, un verger, un grand potager. Mon grand-père faisait même du cidre et du vin certaines années. Une nourriture diversifiée et abondante, donc. Mais quel travail ! Je me souviens qu’ils passaient leurs journées entières à travailler la terre. Cela en valait-il la peine ? Suis-je prêt à sacrifier mes autres activités, passions, loisirs, pour améliorer la qualité de mon alimentation ? Je n’en suis pas sûr, et je décide donc de chercher comment rendre ce travail plus efficace, pour me dégager du temps libre.

Forcément, d’autres personnes avant moi ont recherché les mêmes objectifs. Je mets le doigt dans un engrenage et deviens rapidement passionné par tout ce qui touche de près ou de loin à l’agriculture et l’alimentation, aux différents rapports qu’entretiennent les humains avec leur nourriture. Je regarde des documentaires et lis des livres sur la nutrition, la gastronomie, le véganisme, la chasse, l’anthropologie de l’alimentation, l’abattage, l’alimentation des bodybuilders, les cuisiniers de prisons, etc. Ces recherches m’amènent à découvrir la permaculture et les forêts-jardins.

Le principe de la permaculture me séduit tout de suite. Imiter la nature pour bénéficier de son efficacité et de sa résilience me semble imparable. Mais c’est la forêt-jardin qui crée en moi le déclic. Tout d’abord, je découvre l’incroyable diversité des plantes pérennes, qui ne nécessitent pas d’être semées tous les ans. C’est idéal quand on cherche à réduire le temps de travail nécessaire pour produire à manger. Avec le temps, je prends la mesure des bénéfices environnementaux de cette méthode. J’effectue plusieurs formations et visite de nombreuses forêts-jardins en France, Angleterre, Belgique, Pays-Bas. Je me rends vite compte que ce système est profondément subversif et capable de répondre aux enjeux majeurs de production alimentaire et de la protection de l’environnement. Alors, il y a 2 ans, je me lance dans la création d’une forêt-jardin dans le jardin de mes grands-parents.

  • Quels sont vos projets à venir ?

Je travaille actuellement à la réalisation de “Paysages Comestibles”, un documentaire qui explore le potentiel des jardins-forêts à répondre à des enjeux de civilisations majeurs dans les domaines de la production alimentaire, l’éducation, la conservation, la justice sociale. Par ailleurs, je continue à développer mon jardin-forêt à Sarzeau et espère commencer prochainement à y accueillir du public pour des visites et des formations.

  • Pourquoi avoir rejoint l’aventure La P’Art Belle ?

Il est essentiel de créer du lien et des passerelles entre toutes les initiatives qui vont dans le sens de la transition écologique. Ça motive les différents acteurs, ça peut faire accélérer les projets. Je me réjouis que La P’Art Belle le fasse au niveau local dans une région qui m’est chère. Par ailleurs, je souscris totalement à l’approche transversale et multi-disciplinaire du festival.

Propos recueillis par Marine.

Images du film “Paysages Comestibles”
© Thomas Regnault
Plus d’infos :
https://fr.ulule.com/edible-landscapes-food-forest-documentary/

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